Des chances d'une candidature Jancovici

Il y a quelques jours, réagissant sur LinkedIn à la peine d'inéligibilité prononcée à l'encontre de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics, Jean-Marc Jancovici a conclu son message ainsi : « Le remède efficace à la situation actuelle n'est ni le "barrage" ni la mise hors jeu de tel ou telle. Il est de proposer un projet où chacun(e) identifie un motif d'espoir et imagine sa place, et qui soit compatible avec des moyens matériels en contraction. Sacré défi, mais seul le fait de le relever changera vraiment la donne. »

Dans les commentaires, beaucoup s'enthousiasment, et certains croient y voir les signes que « Janco » envisagerait de se présenter. Aurait-il ses chances ?

On peut malheureusement en douter, parce qu'il y a un obstacle, contre lequel le meilleur projet risque fort d'échouer — et cet obstacle, c'est le mode de scrutin. Si on veut comprendre le vote d'extrême droite, comprendre les causes de la montée de l'extrême droite *et* mesurer la difficulté qu'il y aurait à faire émerger un projet alternatif, il faut prendre une minute pour poser le problème.

On a longtemps cru que notre mode de scrutin était défavorable à l'extrême droite. C'était en partie vrai, mais en partie seulement, parce que notre mode de scrutin favorise deux « gros » partis, qui bénéficient du vote utile, et que ces places, comme une niche écologique, étaient déjà occupées par le PS et l'UMP. Par d'autres aspects, notre mode de scrutin était en fait *favorable* à l'extrême droite — les travaux du GATE, notamment, on pu montrer qu'il favorisait les partis clivants…

Inversement, les mêmes travaux montrent que notre mode de scrutin est incroyablement défavorable à un parti comme Les Écologistes (ex-EÉLV), dont une bonne partie de l'électorat potentiel se détourne pour voter « utile » (pour le PS à l'époque, pour la FI aujourd'hui) et « faire barrage ». N'importe quelle proposition alternative se heurterait au même obstacle.

On me dira : Macron a réussi. C'est vrai. Mais outre son talent, ses soutiens, un projet bien positionné… Il a aussi eu *beaucoup* de chance. Chance que le PS désigne Benoît Hamon, un candidat issu de son aile gauche, et que l'aile droite le lâche. Chance que l'affaire Fillon plombe la candidature de l'UMP. Dans un univers parallèle, le PS aurait désigné Montebourg, l'affaire Fillon serait sortie trop tard, et Macron, coincé au centre, aurait fini quatrième avec un score à la Bayrou.

Aujourd'hui, le RN, non seulement est toujours clivant, mais il est devenu un gros parti, bien placé pour bénéficier du vote utile. Alors proposer un projet alternatif, donner de l'espoir, très bien. Mais outre que c'est déjà ce que proposent — à leur manière et avec d'autres critères, certes, mais tout de même — à peu près tous les petits partis, genre Équinoxe pour n'en citer qu'un et qui soit sur un créneau Jancovici-compatible, c'est surtout très, très loin d'être « le remède efficace à la situation actuelle » (la montée du RN), parce qu'à moins de disposer de moyens considérables et d'un concours de circonstances extraordinaire, un nouveau petit parti de plus n'a strictement aucune chance de s'imposer à court ou moyen terme.

Il y a quand même une raison si les partis de gauche ont fini par se résoudre à former le Nouveau Front Populaire !

Après, si on en a les moyens, on peut toujours se contenter d'une candidature de témoignage, comme le fait l'extrême gauche, qui va aux élections sans illusions sur ses chances, pour profiter de la plateforme. Mais est-ce la meilleure stratégie pour quelqu'un comme Jean-Marc Jancovici ? C'est loin d'être dit.

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